

Adieu à la littérature ?
Avril est la saison des fleurs mauves. Ce matin au pied du chêne qui a été foudroyé, je tombe comme chaque année sur un bouquet de pervenches. « … les pervenches chères à Rousseau… ! » s’écriait Nerval dans Sylvie. Parce que, dans ses Confessions Jean-Jacques avait rapporté un souvenir de mémoire involontaire deux siècles avant Proust. Les pervenches lui rappelaient le temps où il fut heureux aux côtés de maman ? Ah, Nerval ! Le Valois. Rousseau ! Les Charmettes. Tu es fati
19 avr. 2025


Les objets m'affligent
Je n’avais jamais lu La Vie mode d’emploi de Georges Perec. Ce roman de 600 pages décrit en coupe, millimètre par millimètre, un immeuble parisien de style haussmannien avec ses occupants, un soir de 1975. C’est la pension Vauquer de Balzac, terreur des collégiens, multipliée par cent ! Eh bien, ce n’est pas ennuyeux du tout, quoique fort déprimant ! On se demande comment Perec a fait pour accumuler un tel million d’informations d’une précision fatale. On se croirait, au ch
15 avr. 2025


Retour sur le duel Cohen/Yourcenar
Quand Albert Cohen a traité Marguerite Yourcenar de grosse vache , j’ai appris qu’il y avait anguille sous roche. Mon ami Jacques Gaillard, le célèbre historien de la Rome antique, m’a expliqué qu’auparavant, Marguerite s’était indignée qu’Albert ait candidaté pour le prix Nobel et, en plus, elle n’avait rien trouvé de mieux à dire sur Radio-Canada que "les Grecs et les Juifs sont éternellement incompatibles", ce qui n'était pas très adroitement dit , note Jacques. Querelle a
3 avr. 2025


Une bonne engueulade, ça fait du bien parfois
Je me suis fâché grave avec plusieurs amis pour des choses stupides. Inutile de préciser que c’est moi qui avais raison, et par conséquent eux qui avaient tort. Jugez plutôt. J’ai dit au premier : - Charles Péguy est si peu indifférent à la misère ouvrière qu’il la compare au supplice d’Antigone. - Moi, je suis plutôt tendance Créon ! - Là, tu dévies, mon cher ! Tu l’fais exprès ou quoi ? Ça t’ferai mal à l’os de saluer Péguy ? J’ai dit au second : -
2 avr. 2025


Tous contre un / seul contre tous
Le schéma de la persécution est universel. Socrate en fut victime, Jésus en fut victime, les sorcières en furent victimes, les juifs en furent victimes, les Coréens à Tokyo en 1923 et tous ceux qui en furent tellement victimes qu'on ne les connaît même pas. N’avons-nous pas chacun notre bouc émissaire, celui que nous inculpons pour nous disculper en cas de crise ? C’est le schéma du tous contre un , la position de la femme adultère au centre du cercle. Beaucoup de guerres s
23 mars 2025


Moi qui croyais aimer Albert Cohen… !
J’ai repris Belle du Seigneur avec un agacement croissant et j’ai fini mon chapitre Cohen par ces mots : Si on tente de résumer la pensée de Cohen, on voit que le sexuel et le social ne font qu’un. C’est une fausse alternative car ils se confondent dans la Force qu'il appelle babouinerie. Ce qu'il oppose à la Force, c’est l’Amour, qu’il soit maternel ou conjugal. Et il y a urgence à faire ses choix car la Mort approche. Belle du Seigneur a enthousiasmé une génération ent
20 mars 2025


Le défaut est dans la jointure
La plupart de nos contemporains vieillissent dans la solitude et le non-sens. Or on vit de plus en plus vieux et les jeunes croient qu’ils auront tout dit quand ils auront construit des hospices confortables. L’angoisse des vieux est secrète. Ils ne peuvent rien dire. Ils n’ont pas les mots et nul ne voudrait les entendre. Je suis pessimiste ? Gare pourtant à l’illusion optimiste. Qui écoute ce qui se tait au fond des bouches closes ? La télé et les réseaux sociaux ne tendent
9 mars 2025


Une éloquence digne de de Gaulle et de Malraux
Vous avez entendu le discours de Claude Malhuret hier au sénat ? Je vous en remets les meilleurs passages. Mais je vous conseille de l'écouter en ligne, c'est encore mieux : https://www.youtube.com/watch?v=G-lh0TUTtvI Washington est devenue la cour de Néron, un empereur incendiaire, des courtisans soumis et un bouffon sous kétamine chargé de l'épuration de la fonction publique. C'est un drame pour le monde libre, mais c'est d'abord un drame pour les États-Unis. Le message de
6 mars 2025


Bien au chaud dans le bureau ovale
Couvert de sang et de poussière, Volodymyr Zelensky s’est présenté en tant que suppliant dans le bureau ovale de la Maison Blanche, bureau bien chauffé, éloigné des guerres par un large océan. Trump et Vance n’ont pas craint de violer les lois sacrées de l’hospitalité. Ils l’ont tancé et congédié comme un malpropre. Volodymyr a gardé les bras croisés. Qui a été abaissé dans l’affaire ? Le Président américain, évidemment, Charles Péguy l’explique : Dans la supplication antique
2 mars 2025


Toujours penser à Trump et à Poutine
Ce matin à la radio, j’ai aimé la voix de Géraldine Schwartz. Cette franco-allemande a écrit D’où nous venons . J’ai vite commandé le livre. On connaît le mot de Paul Valéry en 1919 Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles . De fait, l’Europe qui était à l’apogée de sa puissance et de sa civilisation, venait de se déchirer au point de ne peut-être jamais s’en remettre… Aujourd’hui, la menace est extérieure puisque nous sommes pris en étau en
21 févr. 2025
