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Les objets m'affligent

  • Photo du rédacteur: Admin
    Admin
  • 15 avr.
  • 2 min de lecture


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Je n’avais jamais lu La Vie mode d’emploi de Georges Perec. Ce roman de 600 pages décrit en coupe, millimètre par millimètre, un immeuble parisien de style haussmannien avec ses occupants, un soir de 1975. C’est la pension Vauquer de Balzac, terreur des collégiens, multipliée par cent ! Eh bien, ce n’est pas ennuyeux du tout, quoique fort déprimant ! On se demande comment Perec a fait pour accumuler un tel million d’informations d’une précision fatale. On se croirait, au choix, dans une étude sociologique de Pierre Bourdieu, dans un immense marché aux puces où on retrouve les pauvres objets qui ont orné jadis les salons d’être disparus, photos à l'appui, ou à la recherche d’un logement de vacances sur Airbnb. Une cuisine :

 

Derrière des portes de chêne cirées à ferrures de cuivre se dissimulaient des tranchoirs électriques, des moulins électroniques, des friteuses à ultrasons, des grilloirs à infrarouge, des broyeurs, des doseurs, des mélangeurs et des éplucheuses électromécaniques entièrement transistorisées. On ne voyait pourtant en entrant que des murs couverts de carreaux de Delft à l’ancienne, des essuie-mains de coton écru, des vieilles balances Roberval, des brocs de toilette avec des petites fleurs roses, des bocaux de pharmacie, des grosses nappes à carreaux, des étagères rustiques, frangées de toile de Mayenne, supportant de petits moules à pâtisserie, des mesures en étain, des marmites en cuivre et des cocotes en fonte, et, sur le sol, un spectaculaire carrelage, alternance de rectangles blancs, gris et ocres parfois décorés de motifs en losange, qui était la copie fidèle du sol de la chapelle d’un monastère de Bethléem.

 

Comment ne pas envier l’un de mes héros favori, Gohar, ce personnage d’Albert Cossery, professeur de littérature, qui en a un peu marre et qui se retire dans les vieux quartiers du Caire ? Première page de Mendiants et Orgueilleux :


De vieux journaux constituaient son matelas. À part une chaise, il n’y avait rien d’autre dans son unique chambre qu’une caisse en bois retournée sur laquelle trônait un réchaud à alcool, une cafetière et une gargoulette contenant de l’eau potable. Il détestait s’entourer d’objets. La plupart des meubles et des objets usuels outrageaient sa vue. Seuls les êtres, dans leurs folies innombrables, avaient le don de le divertir.


Photo : extraite de ma collection particulière.

 
 
 

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