top of page

Une école sans boussole

il y a 11 minutes
2 min de lecture


De Rabelais à Hugo, la littérature est révolutionnaire, observait Charles Péguy, lui-même défenseur avec Jaurès de l’idéal de république sociale ou de socialisme républicain, comme on voudra dire. Mais au XX° siècle, deux idéologies plus puissantes, le matérialisme dialectique et le structuralisme, se succédèrent chez les professeurs pour mettre à mal cet idéal à qui nous devons pourtant la démocratie, les droits de l’homme, la Sécurité Sociale et la législation du travail. Roland Barthes régna sur les études de lettres dans les années 1960, 70 et 80. Marxiste dans ses Mythologies et dans son Michelet, il retourna opportunément sa veste quand le structuralisme devint l’idéologie dominante. Il écrivit par exemple Sade, Fourier, Loyola en 1971 quand allait paraître L’Archipel du Goulag.

Le seul titre de cet essai laisse rêveur. Le déni de tout historicité se manifeste dans le bouleversement de l’ordre chronologique : XVIII°- XIX°-XVI° siècles... Le marxisme était au moins un historicisme. Le contenu du livre de Barthes est à l’image de son titre : seule compte la structure synchronique, en l’occurrence la manie de l’organisation commune aux orgies sadiques, au phalanstère fouriériste et à la Compagnie de Jésus ignacienne. On remarquera au passage que Fourier a remplacé Marx et son collectivisme, autre manie. Fourier voisinait avec Sade, lui-même en pleine vogue chez les intellos dans les années 70 sous l’étendard de la liberté sexuelle.

Tout ça, c’est du passé, dira-t-on. Pourquoi y revenir ? L’histoire et l’historicité sont revenues en force et personne ne croit plus au matérialisme dialectique ni au structuralisme. Certes, mais plusieurs générations d’étudiants, donc de professeurs, donc d’élèves des lycées et collèges ont subi ce lavage de cerveau et ce qui a été détruit n’a pas été reconstruit. J’en veux pour preuve que si l’axe Marx-Guesde-Lénine n’a plus aucun adepte au monde sauf à Cuba et en Corée du Nord, beaucoup de mes lecteurs seront peut-être étonnés si je propose que ce soit l’axe Leroux-Jaurès-Mauss-Blum-Les Jours Heureux qui devienne la boussole idéologique de notre pauvre école en chute libre…


Photo de ma fenêtre ce matin : Les sœurs de Marie attendent le taxi.

 
 
 

Commentaires


  • Grey Facebook Icon
  • Grey Twitter Icon
  • Grey Google+ Icon
bottom of page