La loi est trop dure
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Un jour, j’ai voulu traverser la rue en face de chez moi. Il y a un passage protégé. J'ai jeté un coup d’œil à gauche par sécurité. Il avait justement une voiture qui me fonçait dessus ! Qu’est-ce que je fais ? Deux pas en avant pour l’obliger à piler. Le chauffard baisse sa vitre, indigné : « J’étais engagé ! » Je proteste en brandissant le code de la route.
Eh bien, à la réflexion, je trouve que c’est lui qui avait raison. On ne va pas quand même pas arrêter deux tonnes d’acier, au prix écologique du gasoil, pour faire gagner deux secondes à un piéton ! À Marseille, tout est permis, un peu comme à Naples. Les vélos et les trottinettes traversent les carrefours en diagonale et, quand on est en manque de cigarettes, on arrête sa voiture en double file devant un feu vert avec le warning, le temps de faire un saut chez le buraliste. Priorité à la fluidité des rapport humains. Il n’y a que les parisiens hystériques pour ne pas le comprendre.
Moi, j’ai du sang vosgien, c’est-à-dire germanique, mais je me suis étonné, lors de ma vie en Égypte, de m’être si bien adapté à un standard de vie que ne choque aucune promiscuité, aucune infraction aux règles élémentaires de sécurité et d’hygiène. Au Caire, sur les voies rapides à cinq files, les voitures se faufilent comme elles peuvent, quitte à donner un petit coup de klaxon ou d’aile aux gêneurs pour forcer un passage difficile. J’ai tout compris quand mon amie, la charmante Amna, m’a dit : La loi est trop dure, mais en Égypte, il y a toujours une deuxième chance…
Les Romains eux-mêmes, fameux pour leur droit civil inflexible : Dura lex sed lex, avaient pratiqué une soupape de sortie : Summum jus, summa injuria.
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