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Jean Jaurès

  • il y a 1 jour
  • 2 min de lecture



La personnalité de Jaurès m’impressionne et j’aurai certainement à en reparler puisque j’entame la lecture d'une quatrième biographie du grand homme. Je donnerai ici la parole à quatre témoins visuels et surtout auditifs (nous ne possédons aucun enregistrement) :

 

Léon Blum : Ce qui frappait le plus, c’était la pureté de sa nature, c’était en quelque manière sa sainteté, je veux dire l’absence totale de mobiles personnels, une pureté d’âme, une limpidité de cœur qui était par moment presque enfantine.

 

Stefan Zweig : Je l’ai vu il y a huit ans un soir à l’heure où la gare Saint-Lazare attire vers elle la masse comme un aimant. Je ne vis de lui que son dos large, celui d’un portefaix, ses épaules énormes, sa nuque de taureau courte, trapue, une force paysanne, inébranlable derrière sa charrue. Peu de temps après, des amis m’avaient invité dans une pièce exiguë. Soudain il entra et, à partir de ce moment, tout lui appartint car sa cordialité était si forte, sa présence était si manifeste, si chaleureuse d’une plénitude intérieure qu’inconsciemment tout un chacun sentait la sienne stimulée et intensifiée.

 

Léon Trotski : J’ai entendu Jaurès aux assemblées populaires, aux Congrès internationaux et je croyais toujours l’entendre pour la première fois. Il se renouvelait sans cesse et ne se répétait jamais. Sa force puissante naturelle, s’allait à une douceur rayonnante qui était comme le reflet de la plus haute culture morale. Il renversait les rochers, tonnait, ébranlait, mais ne s’étourdissait jamais de lui-même, il était toujours sur ses gardes, saisissait admirablement l’écho qu’il provoquait dans l’assemblée, paraît les objections, balayant parfois impitoyablement, tel un ouragan, tout résistance sur son chemin, parfois écartant les obstacles avec magnanimité comme un maître ou un frère aîné. Fréquemment, fascinés et admiratifs comme devant un phénomène grandiose de la nature, ses adversaires écoutaient, suspendus à ses lèvres, le torrent de son discours qui roulait, irrésistible, éveillant les énergies, entraînant et subjuguant les volontés.

 

Raymond Naves : On se demande comment cet homme qui enchantait les élites les plus difficiles pouvait mettre ses développements oratoires à la portée des rudes travailleurs de la mine ou des champs. Il était lui-même un paysan par sa forte carrure, son cou large et court, ses grosses mains, sa démarche pesante et ses négligences vestimentaires. Il riait aux éclats aux plaisanteries des paysans. Lui qui portait dans sa tête la plus vaste culture qui se puisse concevoir, se délassait ainsi dans le libre abandon de cette familiarité avec les braves gens auxquels il se sentait lié par de secrètes affinités.


Photo : Jaurès au Palais Bourbon par Jean Veber.

 
 
 

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