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Faut-il brûler le Lagarde et Michard ?

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    Admin
  • 17 juin
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : 19 juin


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Il y a deux sortes de Français, pour parler comme Marc Bloch, ceux qui ont étudié la littérature française dans le Lagarde et Michard, ce manuel en 6 tomes qui a commencé à paraître après la guerre, ouvrage de deux formidables érudits, et ceux à qui on a distribué des photocopies vite protégées de films en plastique qui alimentent les océans en micro-particules quand vient juillet. Ce manuel n’a pas résisté au choc de Mai 68. Les tentatives de remplacement ont toutes fait long feu.

Les professeurs des années 70 et 80 avaient subi deux lavages de cerveaux. Le marxisme-léninisme enseignait que la culture n’était que le reflet de l’idéologie de la classe dominante. Roland Barthes et le structuralisme enseignaient à peu près la même chose, ajoutant que les contenus n’avaient aucune importance, ni la biographie des auteurs, ces valets du capitalisme. Il en a résulté la sacralisation du texte réduit à sa trame formelle. Comme le grand Gustave Lanson, le L § M fut jeté par les fenêtres.

Ce terrorisme intellectuel a cessé mais le mal est fait, la table est rase.

Faut-il revenir en arrière ? Pour avoir relu des centaines de pages du Lagarde et Michou depuis quelques mois, je témoignerai d’abord de son honnêteté sur les questions politiques et religieuses. Le L § M n’est pas marxiste-léniniste et il gaze le sexuel explicite, mais il n’est pas réactionnaire du tout ; c’est l’ouverture d’esprit qui préside au choix des auteurs et des textes. Il reste un ouvrage de référence très pratique si vous voulez vous remettre un petit coup dans Fénelon, dans Bossuet, ou dans Saint-Simon.

Impossible pourtant d’y revenir car trop d’eau a passé sous les ponts en 70 ans.

1) La littérature n’est plus chose sainte comme elle l’était en France depuis la marquise de Rambouillet. Les minuties de ce manuel ne peuvent plus intéresser que les mordus et les textes eux-mêmes demandent à être dégraissés, disons aux 2/3, pour être lus par des collégiens de 2025.

2) Il y a dans ce manuel un nous de maître d’école qui ne passe plus après la décolonisation, Mai 68, le féminisme, la chute du mur de Berlin et la mondialisation. On ne peut plus lire : « Les scènes décrites par Madame de Sévigné s’imposent à nous par un pittoresque piquant qui va parfois jusqu’à l’impressionnisme. » C'est le nous, qui accroche. L § M sont sans cesse en train de qualifier les textes, de juger avec autorité de l’art de Madame de la Fayette, de la connaissance du cœur humain de Rochefoucauld ou des fautes de goût des Précieuses. On ne peut plus réunir les adolescents de 2025 comme la maîtresse de maternelle qui dispose les têtes blondes en cercle autour d’elle, et leur demander en note de bas de page d'apprécier la saveur satirique d'un mot.

Mais qui fera le manuel de littérature du XXI° siècle permettant aux jeunes de prolonger la conversation avec les plus grands esprits, de Rabelais à Proust, et de ne pas mourir trumpiste ou poutinien ?

 
 
 

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